Discours de Mme Isabelle Reymond, Présidente Version imprimable Suggérer par mail

En tant que Présidente, je désire raconter l'Association au fil du temps qui passe.

A son origine, Le Châtelard avait un seul objectif : son Centre médico-pédagogique, qui s'appelait alors Asile pour jeunes filles.

Aujourd'hui, l'Association Le Châtelard gère 4 structures :

Hormis le Centre médico-pédagogique sur lequel je reviendrai, il y a02_coteau_immeuble.jpg le Coteau, installé dans un immeuble situé en face d'ici. Cette structure accueille ambulatoirement des enfants en âge préscolaire, accompagnés de leurs parents qui ont de grandes difficultés à construire leur lien parental. Ce travail de mise en lien précoce permet d'éviter que les relations familiales ne s'enferment au fil du temps dans un schéma destructeur pour l'enfant.

Une auespace_contact.jpgtre structure de l'Association est l'Espace contact. L'objectif est d'offrir un cadre éducatif pour la gestion des visites entre les parents et leur enfant placé en famille d'accueil ou en institution. 

 Et la dernière structure est le Relais pédagogique dont les locaux se trouvent à Nonfoux, dans la commune d'Essertines-04_rp.jpgsur-Yverdon. Il s'agit d'un module d'activités scolaires alternatives, qui tente d'éviter la rupture scolaire à l'enfant en grande difficulté dans sa classe. Tout en laissant l'élève dans sa classe ordinaire, il est pris en charge par un enseignant spécialisé et un éducateur durant 1 à 3 jours par semaine et pour une période maximale de 3 mois. A travers un soutien pédagogique individualisé et des activités éducatives, l'équipe aide l'enfant à redémarrer son processus d'apprentissage. 

Remontons dans le temps pour découvrir la formidable capacité de l'Association à s'adapter à l'évolution de la société, tout particulièrement à travers son Centre médico-pédagogique.

05_chatelard_lutry1.jpgEn 1884, il y a donc 125 ans, le Châtelard était un internat pour jeunes filles, situé à Châtelard s/Lutry. Il avait pour mission d'accueillir des jeunes filles de 12 à 18 ans qui ne recevaient pas dans leur famille "une éducation morale et religieuse suffisante". L'objectif d'alors était de leur donner des bases éducatives et ménagères pour être "de bonnes servantes fidèles à leurs maîtres".

chatelard_lutry2.jpg Jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, le concept pédagogique du Châtelard reposait sur l'éloignement des familles, car elles étaient porteuses de "mauvaises habitudes et les visites n'avaient pas d'autres résultats que de détraquer les filles".  

chatelard_vue.jpgIl a fallu attendre les années 1950 pour que la société portât un autre regard sur les familles et leurs difficultés. C'était le début des concepts psychosociaux. Et c'est ainsi que démarrait, sur ce site, la première école de formation pour éducateurs, sous l'impulsion du couple Baierlé qui dirigeait alors le Châtelard. L'école a pris ensuite officieusement le nom de son directeur, l'école Pahud. 

Toujours à cette même période innovatrice, le Châtelard devenait mixte et dispensait un enseignement scolaire dans le but de redonner confiance à ces classe_ancienne0-bis.jpgjeunes établis dans l'échec scolaire et de leur permettre ensuite de réintégrer la société qui les avait mis  l'écart.

Et finalement, c'est depuis les années 1980 que le Centre médico-pédagogique a pris les dimensions telles que vous les découvrez aujourd'hui et poursuit ses activités avec 36 enfants de 6 à 14 ans. Quel est le thumb_cmp_entre.jpgprofil actuel de ces jeunes ? Ils ont tous rencontré des difficultés importantes dans leur milieu familial et scolaire, difficultés qui se sont exprimées à travers leur comportement, souvent agressif. 

Les professionnels - enseignants, éducateurs et thérapeutes - ont pour objectif de donner à ces enfants un cadre ferme, mais sécurisant, en vue d'une réinsertion familiale et scolaire, au plus tard à 14 ans, afin qu'ils puissent vivre leur adolescence et leur orientation professionnelle dans leur famille. 

Ainsi plus de la moitié d'entre eux a pu évoluer favorablement, dès lors qu'un travail d'encadrement était effectué auprès du jeune et de ses parents. 

Mais malheureusement, depuis quelques années, le Centre médico-pédagogique doit de plus en plus faire face à un changement dans les troubles du comportement de ses élèves : un nombre grandissant souffre de troubles pathologiques. Pour ces jeunes malades se pose alors la question de la limite d'accueil dans les institutions comme le Centre médico-pédagogique, car ils ont besoin de structures bien plus encadrantes et avec un personnel plus spécialisé dans les thérapies. Aujourd'hui, le monde institutionnel manque de moyens pour répondre efficacement à ces enfants. 

Quel sera donc l'avenir du Centre médico-pédagogique, d'une part en regard de cette nouvelle population de jeunes, et d'autre part en regard du futur accord intercantonal sur la pédagogie spécialisée, qui a été adopté par le Grand Conseil, il y a tout juste un mois ?

Quelques mots sur cet accord qui modifiera le paysage médico-pédagogique.

La pierre angulaire de cette politique est d'aménager dans les classes ordinaires l'accueil des enfants handicapés ou présentant des troubles du comportement. La volonté politique est de diminuer d'environ 30% le nombre d'élèves qui classe_prive.jpgfréquentent aujourd'hui les classes spéciales du secteur privé et public; la volonté étatique est ainsi de réintégrer quelque sept cents enfants dans les classes ordinaires.

Cette volonté d'intégration engendrera la mise en place de toute une panoplie de mesures d'encadrement, dont, à ce jour, on ne connaît ni l'ampleur, ni le coût, ni surtout la volonté et la capacité indispensables des enseignants à accueillir dans leur classe ces enfants particuliers. En moyenne, une classe sur cinq sera amenée à intégrer un enfant en difficultés.

L'exposé des motifs du décret informe laconiquement que "les questions liées à la mise en oeuvre dans le canton de Vaud seront abordées dans un deuxième temps", autrement dit lors de la refonte de la loi sur l'enseignement spécialisé, refonte qui est encore totalement dans les limbes.

Mais, en premier lieu, il est nécessaire de se demander si cette politique est de nature à favoriser l'évolution positive de ces enfants différents, et sans pour autant prétériter celle des autres enfants.

Je pense bien évidemment tout particulièrement aux jeunes que nous accueillons ici : comment expliquer qu'aujourd'hui ces enfants perturbateurs de leur classe et mis en classe spécialisée seront demain réintégrés dans une classe ordinaire et ne seront plus source de perturbations ? Et que faire avec les difficultés que ces enfants rencontrent dans leur cadre familial ? Si ces jeunes fréquentent l'internat, c'est bien parce que les difficultés ne se situent pas qu'au niveau scolaire, mais bien davantage dans les interactions familiales. i._reymond.jpg

Nous ne pouvons donc que souhaiter ardemment que cette future politique soit mûrement réfléchie et surtout bien ancrée dans la réalité des institutions qui accueillent aujourd'hui ces enfants différents. 

On le voit, les inconnues sont encore nombreuses. Toutefois, je reste confiante dans la pérennité des structures de l'Association. Comme elle a su le faire au cours des siècles passés, elle saura s'adapter, en gardant toujours en tête sa mission fondamentale : aider l'enfant en difficulté à donner le meilleur de lui-même et à trouver sa place dans la société.

Et je terminerai avec ce slogan votif : à nous tous, partenaires privés et publics, de répondre à cette mission commune; à nous tous d'entretenir le juste équilibre dans la collaboration afin de chercher et de mettre en application des moyens en faveur de ces jeunes.